Comme beaucoup de danseuses
j’ai commencé la danse très tôt ;
danse classique, de caractère, jazz, claquettes etc…
Mais c’est véritablement à 17 ans, lorsque j’ai vu
pour la première fois danser la danseuse et chorégraphe Dominique
Genton que j’ai compris que dès ce jour je ne serais plus jamais
la même car c’était ça que je voulais être,
que c’était désormais comme cela que je voulais m’exprimer.
Je découvrais à travers elle la danse contemporaine. Tout était
si différent. La musique, l’atmosphère, la magie qui s’en
dégageait. A ce moment là de ma vie d’ailleurs le contemporain
a été une thérapie. Je n’aime pas ce mot, il me fait
un peu peur et à l’époque je ne savais pas ce qu’il
voulait dire, mais je dois avouer qu’il en a été ainsi.
J’étais profondément seule, incomprise et très malheureuse
car je suivais une formation contre mon gré. La danse contemporaine,
à travers Dominique Genton, sa force, sa beauté, son authenticité,
son animalité, sa grande physicalité m’ont sauvée
et mon révélée à moi-même et aux autres. Désormais
je cesserai d’être victime de mon destin mais interprète,
actrice de tout ce qui m’arriverait. Je tiens d’ailleurs à
la remercier et je la remercie toujours et par ces lignes je lui rends un grand
hommage, car à ce moment là, Dominique Genton a été
la première à faire de la danse contemporaine à Lausanne.
Elle a ouvert la brèche à plein d’autres danseurs qui ont
fait carrière et qui sont devenus, de bons chorégraphes aujourd’hui.
Après je suis partie au Venezuela, à Caracas, par amour certes, mais avec une seule idée en tête, devenir danseuse professionnelle et en faire mon métier. Cet amour là d’ailleurs n’a pas tenu une année alors que mon engagement dans la Cie « Taller de Danza de Caracas » a duré quatre ans. Là aussi, une rencontre absolument bouleversante avec un homme incroyable qu’était le danseur et chorégraphe José Ledezma. Un être débordant et passionné. Passionné par son art et par la vie, un grand maître, quelqu’un à qui je dois tout ou presque tout. Quelqu’un de très spécial que je remercie encore aujourd’hui et que je porte dans mon cœur. Mon maître et père. Il m’a appris la discipline, la rigueur, la persévérance mais l’amour et la passion de la danse aussi et tant d’autres choses encore. J’ai passé quatre années de bonheur intense. J’ai aussi crée mes premières chorégraphies et collaboré avec d’autres chorégraphes ainsi que d’autres artistes tels que plasticiens, peintres, musiciens, photographes, vidéastes, etc… Quatre années « d’overdose de danse », comme je dis aujourd’hui, mais le bon côté de « l’overdose » (certaines et certains passionnés me comprendront peut-être), soit presque 24 heures de danse par jour.
Puis, j’ai décidé de revenir en Europe, à la recherche
d’autre chose, d’une autre compagnie, un style plus libre, plus
fous, plus vrai. Alors depuis je collabore avec d’autres professionnels
de la danse, je crée mes propres chorégraphies et je monte des
projets qui me tiennent à cœur, comme l’atelier de danse à
la prison pour femmes de Lonay. J’enseigne aussi. L’enseignement
prend une place importante dans ma vie car j’aime donner et recevoir m’apporte
beaucoup de bonheur.
Aujourd’hui je travaille toujours avec la même ardeur, la même
passion, toujours à la recherche de cette authenticité qui de
nos jours, dans notre société « botoxée » se
fait de plus en plus rare.
Ma danse est très physique et expressive à la fois, animale et
parfois violente. Elle est tout simplement ce que je suis dans mon plus fort
intérieur.
Je suis contre l’économie
de moyens, contre l’économie du geste et je ne partage pas le minimalisme
ambiant de certains chorégraphes d’aujourd’hui. Je suis une
instinctive et comme telle j’ai besoin de ressentir, ressentir dans mes
« tripes », dans mon cœur et tant mieux si après dans
la tête aussi, mais pour moi la danse ne sera jamais et ne peut être
un acte cérébrale.
Un corps qui bouge, qui souffre, qui s’écorche. Un corps qui se
raconte, qui donne et qui reçoit, c’est pour ça que je danse.
C’est pour ça que je suis encore en vie. La danse me permet de
supporter tout le reste et alors je crois que je danserai jusqu’à
mon dernier souffle.